Il faut maintenant se déplacer dans Paris pour aller voir les œuvres de la Comédie Française, programmées « hors les murs » pendant la rénovation de la salle, cela nous fait des géographies aléatoires qui nous mènent parfois hors des murs de la capitale pour notre plus grand bonheur, ce dimanche le Théâtre des Amandiers à Nanterre, accueillait la troupe, nous offrant un jolie excursion dans les alentours de la capitale.
Je n’y allais pas sans but, attirée par l’affiche, une pièce de George Feydeau, dont j’avais vu quelques années auparavant une remarquable mise en scène du « Fil à la patte » avec Christian Hecq (vous pouvez trouver la pièce sur YouTube, je ne peux que la recommander), immensément drôle et enlevée.
L’argument est celui d’un vaudeville bourgeois classique de l’époque, avec bien des torsions et des rebondissements. Raymonde Chandebise soupçonne son mari d’infidélité, après avoir reçu un colis en provenance de l’Hôtel du Minet-Galant (au nom plus qu’évocateur, nous sommes dans l’époque où certains établissements connus de l’élite accueillaient des liaisons hors mariage). Elle va lui écrire une lettre avec la complicité de sa meilleure amie pour l’inviter dans l’hôtel susnommé, se faisant passer pour une femme qui l’aurait repéré lors d’une soirée de théâtre, tout cela pour éprouver sa fidélité.
A partir de là, l’auteur ayant planté les points principaux de son histoire, tout ne va être que malentendus et quiproquos tendus jusqu’à l’extrême. Car bien des personnages secondaires viennent se greffer à l’intrigue, jusqu’au tourbillon, provoquant notre hilarité. Comme ce neveu du protagoniste principal, qui ne peut pas prononcer les consonnes, ou encore ce bellâtre associé de monsieur Chandebise.
Il faut noter que cette pièce a priori très manichéenne sur la place de l’homme et de la femme dans la société, finit par se révéler presque féministe, car ce sont le femmes qui mènent le jeu. Mais dans un cadre qui reste quand même fait par les hommes, nous avons encore une vraie marge de progression 😉.
L’auteur sait parfaitement doser la montée en tension de son récit, maîtrisant l’art de l’entrecroisement des trajectoires de tous ces protagonistes pour en faire jaillir beaucoup d’humour.
Prenez cet argument, ajoutez tout le talent des acteurs de la Comédie Française, intégrez une bonne dose de technique de ces acteurs muets de l’ancien temps (Charlot, Buster Keaton) pour dynamiser l’ensemble et ajoutez une bonne dose de mise en scène de la talentueuse Lilo Baur, qui a eu la bonne idée de transposer l’histoire dans un chalet montagnard des années 1950, et vous obtenez cet objet irrésistible auquel j’ai assisté ce week-end.
Dans la salle, beaucoup de jeunes qui n’ont pas boudé leur plaisir, riant à gorge déployée.
Une mention spéciale à Serge Bagdassarian, cet acteur incroyable que j’ai déjà vu dans bien des pièces ; sans faire offense aux autres.
Excellent moment, à recommander.
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