Pékin – Temple du nuage blanc 白云观 (2022)

Encore un temple que je ne connaissais pas, décidément essayer d’épuiser la ressource qu’offre cette ville est comparable à tenter de venir à bout des églises baroques à Naples, une quête sans fin, mais dans le fond, cela nous laisse tellement de possibilités ! (Vous savez, l’histoire du verre à moitié plein ou à moitié vide… Toute une philosophie de vie).

Ce temple, j’avais failli l’oublier, il a fallu que je le retrouve par hasard le long d’une de mes déambulations, pour que je m’aperçoive de son existence et que je fasse un crochet pour aller à sa rencontre ; a posteriori, j’aurais regretté de passer à côté d’un endroit au nom si poétique. C’était un (des rares) jours d’orage dans la capitale chinoise, donc mes photos ne seront pas comme d’habitude nimbées de soleil et de ciel bleu (sachez que vous verrez là des clichés exceptionnels, car il est tellement facile ici de capturer ces monuments dans un azur immaculé !).

Arrivée à l’entrée, j’entends la phrase rituelle : « 你预约了吗? » (soit : avez-vous réservé ?) ; alors que je tente de m’expliquer, non je ne peux pas avec mon passeport, le garde, balayant mes tentatives d’explication, me fait signe d’entrer. Mystère des processus (j’espère qu’ils laissent également entrer les gens qui ont réservé 🙂 ).

L’entrée qui en impose tout de suite

C’est un temple taoïste, qui a porté plusieurs noms aussi beaux les uns que les autres, depuis sa création au VIIIe siècle, au gré de vicissitudes d’incendies et de reconstructions : Temple de la perpétuité céleste, Monastère de la perpétuité céleste des dix orients (XIIe siècle), Temple du faîte suprême puis Temple du printemps éternel (XIIe siècle) et enfin Temple du nuage blanc au XIIIe siècle, bien des appellations pour ce petit endroit qui n’en demandait pas tant… Restauré de manière importante au XVIIIe siècle, il est passé sous les radars de la destructrice Révolution Culturelle, pour notre plus grand bonheur, car cela nous permet de voir des bâtiments anciens, datant du XVe au XVIIIe siècle, ce qui est rare ici.

Le Taoïsme est une philosophie attribuée à Lao Tseu (500 av. JC), assez populaire, notamment dans les régions rurales de la Chine, qui est devenue une religion d’état sous la dynastie Tang (VIIe-Xe siècle), ici la perméabilité entre religion et philosophie est ténue. Elle met l’accent sur l’équilibre à trouver avec le Dao (道 la voie) une force cosmique transcendante, il faut rechercher une harmonie avec la nature et l’univers. A partir de la dynastie des Tang, le Taoïsme a pu se développer, fonder temples et écoles, recruter des novices pour les initier (de manière parfois très dure) à ses principes. Dans les époques ultérieures, il y a eu bien des affrontements entre Taoïsme et Bouddhisme, mais c’est une autre histoire.

Pour en revenir à ma visite, je parle de petit endroit, mais il s’étend quand même sur deux hectares, avec comme souvent, un plan orienté du sud au nord (comme la Cité Interdite, au demeurant) qui abrite une cinquantaine de bâtiments.

Le portail censé arrêter les mauvais esprits, avec ses lions gardiens en renfort – Ils font peur, non ? Bon peut-être pas mais c’est parce que je ne vous en montre qu’un…

Juste après, je suis intriguée par un bruit de tambour frappé par du métal. C’est un rituel dont le sens m’échappe auquel j’assiste ici, il s’agit de jeter des jetons métalliques, que l’on peut acheter dans deux guérites alentour, en visant ce tambour, qui résonne à chaque coup réussi. Je suppose que l’on peut ainsi acquérir des indulgences, peut-être une vie meilleure ? Je n’ai pas essayé.

C’est effectivement la première chose qui m’a frappée ici, la ferveur des personnes qui rendaient visite au temple. Peu de touristes, plutôt des fidèles qui faisaient leur dévotion à leurs divinités. Prières, bâtons d’encens (toujours par trois) ou fruits en offrande.

Une des salles principales, la salle Lingguan, du XVe siècle, restaurée au XVIIe siècle

Les oiseaux eux-mêmes sensibles à la religiosité du lieu, se pressent sur les toits. A moins qu’ils n’aient un oeil sur ces offrandes qui sont autant d’occasion de se goberger.

Oiseaux en clair-obscur (plutôt obscur, d’ailleurs !)

Après avoir croisé des silhouettes de « moines », fugitives et pressées, en me guidant au son de chants accompagnés de tambours que j’entends au loin, je découvre une cérémonie menée par des officiants en grand apparat, vêtus de couleurs franches rehaussées d’or. Tout cela est magnifique, la ferveur, la solennité et la joie qui se dégagent de ce rituel, pourtant inconnu de moi, me touchent quand même.

Ce n’est pas un temple comme les autres, ici, nous sommes dans un centre d’apprentissage célèbre en Chine. Avant de pénétrer dans ce lieu, j’ai croisé le « Collège taoïste de Chine » (中国道教学院), qui jouxte le temple. Et à l’arrière du temple se trouve un endroit où les prêtres sont ordinés (les ordinations ont repris depuis 1989).

Tout le long des allées qui bordent la voie centrale, s’alignent des chambres destinées aux prêtres (ou aux futurs prêtres), avec leurs portes recouvertes d’une natte de sisal.

N°4Fierté de la nation et amour des plantes

A l’extrémité nord de l’ensemble, c’est tout un complexe d’habitations qui a été édifié sur deux étages, j’ai compté plus de 100 habitations individuelles. C’est donc comme un petit quartier qui vit en vase clos, autour de la religion, un peu comme nos monastères.

Car l’endroit se révèle finalement bien étendu (les deux hectares sont bien là !) et après avoir arpenté la voie centrale, il faut aller flâner dans les à-côtés qui s’étendent tant à l’ouest qu’à l’est. Il n’y a presque personne, l’ambiance est à la méditation et à la contemplation de ces bâtiments tous dédiés à une divinité particulière. C’est un chemin qui mène d’une cour à une autre, presque toutes sur le même modèle, avec quelques subtiles différences.

Avec deux travailleurs qui se reposent en arrière-plan

A l’extrémité nord de l’ensemble se trouve une forêt miniature, emplie de ces concrétions rocheuses qu’affectionnent les gens d’ici.

Et enfin, voilà cette plate-forme d’ordination, on dirait une scène de spectacle, mais j’avoue que j’ai été saisie par l’harmonie du lieu, il se dégageait effectivement quelque chose de sacré de ce que je voyais.

L’entrée est
La plate-forme où se déroule la cérémonie
Vue de plus près, malgré quelques restaurations, le bâtiment est bien ancien
Le bâtiment Yunji qui fait face à la plate-forme d’ordination
La sortie vers l’ouest avec ces mystérieuses pierres dressées
La cour est encadrée par des coursives de toute beauté

C’est un voyage inattendu et très beau que j’ai fait ici, ce sont ceux que je préfère, dans cette ville aux mille trésors, pour peu que l’on se donne la peine de les découvrir.

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