Pékin – Parc du monde 世界观 (2022)

Faute de pouvoir voyager en Chine, voire hors du pays, voici une alternative aux longs courriers qui peuvent vous mener ailleurs. C’est ici, à Pékin, à une heure à peine de voiture de chez moi que j’ai découvert un parc qui veut embrasser sur quelques kilomètres carrés l’intégralité des monuments du monde, une ambition qui force le respect.

Après quelques hésitations, car il fallait réserver, mais ce n’est pas possible pour un non Chinois car le format des numéros des passeports étrangers ne passent pas dans les applications de réservations (comme dirait Zézette dans « Le Père Noël est une ordure« , que j’ai déjà citée « cela ne rentre pas dans les cases »), mystère des rouages administratifs… J’avais fait appel à une collègue chinoise qui avait appelé l’administration du site, au début ce n’était pas possible et puis finalement il suffisait que je me présente pour que l’on me délivre un ticket d’entrée. Magie du fonctionnement ici, ma phrase fétiche est 没有办法有办法, soit quand il n’y a pas de solution, il y a toujours une solution. C’est vraiment l’ADN de ce pays, tout est finalement assez facile au quotidien.

A peine entrée dans le jardin, je me retrouve face à l’Opéra de Sydney, cela fait un choc quand même…

Surtout qu’à quelques encablures, j’aperçois l’Ile de Pâques et ses statues ; enchaînement presque logique, si nous allons d’ouest en est.

Poursuivant ma route (sous une chaleur humide presque insoutenable), je suis transportée en quelques instants en Afrique, au diapason avec le climat. Les points de vente alentour ont adopté le « dress code », si je puis dire, se parant de toits de paille du plus bel effet.

A quelques pas de là (il y a une logique géographique ici), je me retrouve en Egypte, et le ciel bleu qui encadre les pyramides facilite l’immersion dans ce nouveau lieu en le rendant presque véridique. Je n’ai fait que quelques dizaines de mètres, le changement est quand même un peu brusque.

La Vallée des Rois, on s’y croirait

Le parc, bien qu’assez grand, ne peut éviter de me donner à voir certains télescopages (réjouissants, je l’avoue) entre des architectures bien éloignées dans le monde réel. Vous avez l’impression d’être Gargantua qui aurait chaussé des bottes de sept lieues !

Objets votifs chinois, avec en fond le Pont Rialto de Florence (Italie)
Jardin japonais adossé à un château de Bavière

Alors bien sûr, puisque nous ne sommes pas ce géant décrit par Rabelais et que nous n’avons pas volé ses bottes au chat imaginé par Perrault, il nous faut aller à pied (j’ai fait presque 6 kilomètres ici) ou avoir recours à ces transports ludiques mis à disposition ; j’avoue ne pas avoir vu avant une telle diversité de véhicules !

On dirait Wall-e
Un petit train orange
Modèle collectif en bleu
Et limousine aux allures de taxi londonien

Ce lieu est en fait multiforme, loin de vous conduire de manière linéaire d’un monument à un autre, il dévoile également une partie en forme de parc d’attraction.

Attraction avec dinosaures

Mais également plus surprenant et plus jouissif, c’est un lieu de villégiature à part entière, où les familles occupent des tentes et organisent des barbecues, incroyable ! Cela donnerait presque envie de rester ici, à profiter de toute cette belle lumière qui décline, pour contempler la nature dans une chaise longue, déguster quelques grillades en buvant une bière glacée pendant que le soleil se couche…

A côté, une piscine et un immense bac à sable font la joie des petits et des grands.

Même si j’ai beaucoup de respect pour le style de la mère, j’adore la tenue de plage du plus petit

Ce « Jardin du monde » prend alors une autre signification, un endroit où il fait bon vivre au rythme de la nature, loin de la ville et pas loin de tous les endroits connus du monde ; une sorte de double dépaysement qui se joue ici.

Je continue presque à regret ma route, je me sens comme une touriste du jour, en opposition à ces résidents au long cours, nos temporalités ne se sont croisées qu’un instant.

La prochaine étape est aux Etats-Unis. Premier arrêt pour contempler New-York un peu ancien (les tours jumelles sont toujours là) et la Statue de la liberté fidèle à elle-même.

Et puis la Maison Blanche 白宫 (le Palais blanc), qui voit pas mal de visiteurs ignorant la tension des relations entre les deux pays, plutôt bon signe.

A quelques encablures de là, c’est la Russie qui s’annonce, avec la Cathédrale Saint-Basile le Bienheureux qui ferme la Place Rouge à Moscou.

La Tour de Pise qui n’en finit pas de pencher, malgré les efforts d’une petite fille, pourtant bien concentrée.

Et enfin (j’ai fait des raccourcis, ayant traversé les pays de la Péninsule Arabique, l’Asie du Sud-Est et même la Chine entretemps), je reviens à la maison (:-) ). Voilà Paris résumé dans ses trois monuments les plus emblématiques. Et même si, depuis le début de ma visite, tout paraît un peu « cheap », d’une qualité assez médiocre, je dois dire que j’ai eu une sorte de fierté à voir ces trois fleurons de la capitale française, visités et photographiés au fin fond de la capitale chinoise.

C’est un voyage assez étrange que je viens de faire, auquel je ne m’attendais pas. En même temps, il est intéressant de voir comment, dans ce pays qui s’est fermé (temporairement ?) au monde, ce type de parc peut constituer un exutoire, comme un tourisme de l’intérieur. Reconstituer ces hauts lieux mondiaux permet aux visiteurs d’avoir un aperçu approximatif de tout ce qu’ils ne peuvent plus aller voir en vrai.

Vertige de l’imitation. Espérons que cela aura une fin.

FB